February 16, 2010
Le manifeste du Pornographe - Vice

“C’est dans le Piémont, à quelques kilomètres de Genève, dans le petit village endormi de Ponzone, que nous avons rencontré Ando Gilardi, photographe, journa­liste et rédacteur en chef italien âgé de 89 ans – un homme que, et il nous coûte de le reconnaître, nous ne connaissions ni d’Ève ni d’Adam il y a encore quelques semaines. On l’a découvert lorsque, par un délicieux après-midi à Milan, on est tombés sur deux de ses magazines, Fhototeca Materiali et Phototeca, chez un bouquiniste du quartier. Ces trucs ne ressemblaient à rien de ce que nous avions pu voir auparavant. Ses magazines rassemblaient des images fortes, d’inspiration érotique pour la plupart, mais regroupées en d’obscurs motifs iconographiques. La maquette plutôt tape-à-l’œil pouvait aussi bien faire intervenir une double page mettant en scène des dizaines de photos de fellations que des juxtapositions de bandes dessinées érotiques datant de l’époque victorienne et de pochettes de films porno des années 1980 sortis en VHS, le tout accompagné de poèmes plus ou moins ésotériques dépourvus de signification. Ando était aussi doté d’un talent particulier pour trouver des titres en rapport avec les thèmes des numéros : « Connards de racistes et autres fils de putes, il y a un pogrom ce soir et je n’ai rien à me mettre », « La salope artificielle », « Démocratie des culs » ou encore « Catastrophes, putain de malchance et solutions finales » – pour ne citer que les meilleurs. Nous avons vite découvert que ces quelques incroyables travaux n’étaient qu’une infime partie de l’immense œuvre d’Ando, qui a été à la tête de pas moins de six magazines au cours de sa carrière. Mais le goût impeccable d’Ando pour dénicher des photos pornographiques est loin d’être la seule raison pour laquelle nous avons décidé de lui parler. Il a aussi été en charge de la documentation photographique sur l’Holocauste, qui a plus tard servi de preuve lors des procès de Nuremberg. Il est aussi à l’origine d’une douzaine d’ouvrages sur la photographie et d’autres sujets, de la création des plus importantes archives de photos érotiques dans le monde, et il a partagé des ­responsabilités éditoriales avec Pier Paolo Pasolini dans la revue hebdomadaire du Parti communiste italien, Vie Nuove, entre 1960 et 1962. Nous avons été accueillis chaleureusement chez Ando par sa femme Luciana, ainsi que par sa collaboratrice de longue date, Patrizia Piccini. Nous nous sommes assis dans leur salon rouge, vert et ­orange et avons discuté pendant quelques heures de tout et n’importe quoi, de la photographie jusqu’à sa théorie selon laquelle les femmes détestent le sexe.”

Lire la suite