March 29, 2010
Sexe: la honte du coup d’un soir - Double X et Slate.fr

Cet article a été publié par le site américain Double X et traduit par Slate.fr

Si les femmes culpabilisent pour leurs aventures sans lendemain, c’est parce l’Amérique vit un nouveau cycle de conservatisme.

Incontestablement, Julie Klausner a couché avec pas mal de losers et de pervers, des expériences qu’elle relate dans I Don’t Care About Your Band («Je m’en fiche, de ton groupe»), un recueil de nouvelles drôle et incisif. Si ces aventures ne l’ont pas blessée à vie, elle se sent pourtant mal. Et ensuite, elle se sent mal de se sentir mal. «Quand on pleure parce que rien ne fonctionne comme on voudrait, c’est pas seulement parce que ce type avec qui on a couché a oublié jusqu’à notre existence, écrit-elle, on pleure aussi parce qu’on a honte d’être en train de pleurer.»

Pourquoi devrait-on avoir honte, au juste? Après tout, Klausner est une féministe qui ne voit pas où est le mal dans le sexe sans sentiments. Mais elle n’est pas la seule à avoir récemment exprimé cette culpabilité dans ses mémoires: Hephzibah Anderson regrette tellement ses aventures qu’elle a tout simplement décidé de s’abstenir de tout acte de «pénétration sexuelle» (selon ses propres termes) pendant 12 mois. «Il y a une petite partie de moi qui ne peut pas s’empêcher de me juger, et toutes ces femmes qui mentent systématiquement sur leur nombre de partenaires dans les sondages me jugent vraisemblablement elles aussi», écrit-elle dans Chastened («Assagie»), qui sort cet été, et qui raconte cette traversée du désert qu’elle s’est imposée. «Nous, femmes libérées, jetterons le blâme sur la morale victorienne et ses moeurs surannées et repressives, sur nous-mêmes, pour n’avoir pas su résister à la tentation, et nous refuserons d’admettre nos sentiments.»

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Jessica Grose

Traduit par Nora Bouazzouni

Photo: Bath 3. Flickr CC ValetheKid