Une interview publiée dans Libération

Dans son nouvel essai, la juriste et chercheure au CNRS Marcela Iacub montre comment la liberté d’expression, prônée par le Premier Amendement aux Etats-Unis, est niée lorsque pointe la question de la sexualité.
Et si l’on se disait tout ? Mais alors vraiment tout, qu’on se crache la haine, le désir, l’indifférence, que chacun vive à fond son imaginaire ? La démocratie irait mieux. C’est la théorie libertaire que défend Marcela Iacub, juriste et chercheur au CNRS, dans le vivace essai De la pornographie en Amérique, paru chez Fayard (1).
Iacub est célèbre pour ses prises de position peu correctes contre le féminisme naturaliste et victimaire, en faveur de l’explosion de la famille avec sexualités multiples et adoption par les homosexuels (entre autres). Si le titre de son nouveau livre reprend celui de Tocqueville en remplaçant le terme «démocratie» par «pornographie», c’est qu’elle y montre comment le grand rêve d’une parole totalement libérée, tel que le défend le Premier Amendement américain, s’est échoué sur le traitement juridique infligé à la pornographie.
Le rapport entre pornographie et démocratie était-il au départ de votre livre ?
Non, j’ai voulu comprendre comment, aux Etats-Unis, on jouit d’une liberté de parole aussi puissante, qui rend celle que nous avons en Europe une sorte de sœur pauvre et chétive. J’ai donc analysé les processus institutionnels et les théories juridico-politiques qui avaient été à l’origine de la révolution libertaire de l’expression produite par les juges de la Cour suprême à partir des années 30. Pour valider le nouveau statut que les juges ont donné à la parole, on a dû redéfinir la démocratie elle-même. La représentation, au lieu d’apparaître comme la seule manifestation de la démocratie, est perçue comme un dispositif insuffisant, une sorte d’extorsion de la souveraineté du peuple que la liberté d’expression a comme fonction de rattraper. J’ai été très peinée de constater qu’au moment de la sortie de mon livre en France, on cherchait à condamner cet artiste qui s’est torché avec le drapeau et qu’on s’apprêtait à faire une loi pour condamner les femmes en burqa, sans qu’on trouve inquiétant de multiplier de la sorte les délits d’opinion.
«De la pornographie en Amérique : la liberté d’expression à l’âge de la démocratie délibérative», de Marcela Iacub (éditions Fayard), 300 pp., 20 euros.